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Une petite histoire

#Une petite histoire – Chapitre 4

 

histoireVingt-et-une heure. Ralph était en retard. Il espérait toujours la retrouver malgré son heure et demi d’absence. Un important scénario, qu’il tenait sous son bras, lui avait été envoyé par un célèbre réalisateur, une opportunité que savent bien reconnaître les acteurs.

Il l’aperçut près de la fontaine du petit Trianon. Il ne souhaitait pas encore l’exposer aux yeux de tous. Enfin c’est ce qu’il tentait de se persuader. La vérité est qu’il ne voulait pas encore s’exposer lui.

Lorsqu’elle l’aperçut, elle fonça sur lui.

– C’est tellement… Américain de faire attendre une fille ainsi. On ne vous l’a jamais dit ? Ça ne se fait pas ! ajouta-t-elle furieuse.

– Pardonnez-moi, j’ai été retenu par ceci, dit-il en tendant l’enveloppe comme un trophée.

Il espérait bien piquer sa curiosité, et il réussit parfaitement son coup. La colère d’Eléonore s’évanouit instantanément, et une lueur intéressée se lue sur son visage.

– Vous avez été retenu par une enveloppe ? demanda-t-elle en tendant la main pour l’attraper.

– Techniquement, c’est plutôt pour ce qui se trouve à l’intérieur, se moqua-t-il.

Eléonore lui adressa un sourire narquois.

– Alors, voyons voir ce qui est plus important que moi, dit-elle en ouvrant l’enveloppe.

À sa vue, elle devint silencieuse. Elle lisait le document. Enfin plutôt la première page d’un dossier de 1 307 pages précisément. Ralph se racla la gorge, mais déjà Eléonore semblait perdue dans ses pensées.histoire

– Un résumé peut-être ? espéra Ralph. Ah les auteurs et les mots comme vous dites, s’écria-t-il devant son mutisme. Si j’avais su, je l’aurais laissé.

– Négatif, vous n’auriez eu aucun mobile d’excuses.

– Oui, mais je vous aurais eu.

– Ça reste encore à prouver. Peut-être que ce scénario m’intéresse plus.

– Eléonore, ajouta-t-il sérieusement en lui attrapant le manuscrit des mains, qu’est-ce que vous pensez ?

– Parce que mon avis a de l’importance ? Pourtant je ne suis personne. Juste une fille qui vient d’une petite ville et qui étudie la communication à Paris.

– Vous n’êtes pas cette fille, Eléonore, et vous le savez.

– C’est vous qui ne savez pas ! Je SUIS cette fille. On n’est pas dans un de vos films Ralph, il faut vous réveiller. On ne donne pas un rendez-vous à une fille dans un coin perdu, on ne la fait pas attendre pendant des heures, on ne lui demande pas son avis sur un sujet qu’elle ignore totalement et on ne la regarde pas comme si elle allait vous sauver. Je ne suis pas cette fille, Ralph.

Ralph la regarda avec calme, il se rapprocha d’elle.

– Il faut donc que je me rattrape, mademoiselle. Aujourd’hui, je suis un homme comme un autre ! Viens, suis-moi, dit-il en lui attrapant la main et en l’entrainant vers le grand canal.

« Espérons qu’on ne le regrettera pas plus tard » ne pu s’empêcher de penser Ralph.

– Où va-t-on ? demanda Eléonore qui le regardait avec méfiance.

– J’improvise. Une barque, demanda-t-il à un guichetier.

Charlotte rigola.

– Ok, on a un peu passé l’âge, non ? C’est ton nouveau plan de drague ?

– Et ça marche ? lui demanda-t-il en se penchant légèrement.

– Pour avoir la réponse, je veux d’abord voir comment tu rames… lui lança-t-elle malicieusement avant de grimper dans une barque.

– Evidemment ! Je m’en occupe, dit-il à un homme venu les aider.

Il se pencha et poussa la barque. Trop fort. Il n’eut pas le temps de grimper dessus. Décidément, elle ne le verrait jamais sous son meilleur jour. Il l’entendit rire aux éclats.chap 4 2

– Super ton nouveau plan de drague ! Tu me laisses seule dans la barque ! Et tu te demandes sérieusement si ça va marcher ?

– Je te laisse seule dessus si tu ne me réponds pas oui immédiatement, lança-t-il sous un ton de défi.

Charlotte le regarda alors avec intensité. Il lui adressa un de ses plus sourire, tout en espérant dans son for intérieur qu’elle ne choisisse pas les rames à sa propre compagnie.

– Je te donne une chance, petit Américain. À toi de savoir saisir l’opportunité pendant qu’il est encore temps, dit-elle en lui envoyant la corde, qu’il parvient à rattraper et qu’il tira jusqu’à lui.

– Allez aide-moi à ramer, lui dit-elle, une fois qu’il fut assis à ses côtés.

– Vos plaisirs sont des ordres, madame.

– Mais quel Don Juan celui-là, soupira-t-elle alors qu’ils avançaient doucement.

– On se tutoie ? ajouta-t-il avec bonne humeur.

 

Lorsqu’ils rentrèrent ce soir-là, assez tard il faut l’avouer, ils restèrent silencieux. Il aurait voulu connaître ses pensées, et le simple fait d’avoir à les deviner l’exaspérait. Cependant il décida de ne pas la brusquer. Même si Eléonore s’était enfermée dans son mutisme, sa présence était toujours réconfortante et Ralph se sentait serein son bras contre le sien. Il l’observait en douce. Sa chemise mouillée à cause de la barque qui collait son corps fin, ses cheveux relevés en une queue de cheval qui se balançaient au rythme de sa marche souple, son regard perdu, fixé sur la route, ses bras le long de son corps, et ses mains. Son attention fut retenue par un léger éclat. Une fine bague brillait sur son annulaire. Il lui prit la main :

– Tu portes une bague ? demanda-t-il en rompant le silence qui s’était installé.

– Fine déduction, dit-elle.

Il nota cependant qu’elle ne faisait aucun geste pour retirer sa main. Il leva vers elle des yeux inquisiteurs.

– Ne me regarde pas comme ça ! N’importe qui peut porter une bague. Cela n’a rien d’exceptionnel.

– Tu as quelqu’un ?

– Je te l’ai dit dans l’ascenseur. Je suis célibataire. Je porte cette bague car c’est un cadeau et que je la trouve jolie c’est tout. Et quand j’aime quelque chose je le montre.

– Un cadeau de qui ? demanda l’intéressé.

– Ralph, dit Eléonore avec un ton faussement sérieux, ne vous a-t-on jamais dit qu’il était impoli de poser trop de questions aux grandes personnes ? Vous êtes comme les enfants, avec leur « pourquoi »…

– Je peux prendre ça pour un compliment…

Il vit cependant qu’elle ne lui en dirait pas davantage.

– « Quand j’aime quelque chose je le montre »… C’est vrai ce que tu as dit ?

– On peut me donner beaucoup de défauts mais pas celui de mentir. De toute façon je ne sais pas mentir. C’est tout un art tu sais… Quand j’étais enfant, mon frère a jeté au fond du lac à l’arrière de la maison un trophée de cheval que papa avait gagné. Quand il s’est aperçu de sa disparition, j’ai vainement tenté de masquer la vérité. Le bilan : j’étais été privée de dîner et Maxence a été interdit de sorties pendant trois mois. Il m’en a voulu pendant des semaines… continua-t-elle.

– Eléonore, tu n’es peut-être pas douée pour mentir, mais pour éluder un sujet tu es une championne, répliqua Ralph, bien décidé à ne pas se laisser avoir.

– Oui, répondit-elle simplement.

– Oui pour quoi ? Éluder une question ou montrer quand tu aimes quelque chose ?

– Les deux, rigola-t-elle.

– Eléonore, reprit Ralph avec sérieux, je te plais, n’est-ce-pas ?

– Plutôt, avoua-t-elle rapidement, soudain gênée. Enfin, quand tu abandonnes tes airs de prince meurtri et tes mauvaises manières Américaines. D’ailleurs à ce propos…

Mais elle n’eut pas le temps de continuer. Si elle avait su que Ralph s’était arrêté au premier mot de sa phrase, peut-être n’aurait-elle pas continué, bien qu’elle soit prête à tout pour changer, mine de rien, la conversation.

Ralph prit soudain son visage entre ses mains, de telle manière qu’elle fixe son regard.

– Eléonore, il est temps de se le montrer…

chap 4 1

Il l’embrassa doucement. Prise par surprise, elle semblait tétanisée. Il resserra son étreinte, puis soudain, elle se détendit et répondit à son baiser. Elle lui agrippa la nuque avec sa main alors que tout son corps se pressait contre lui. Ralph, qui était habitué à embrasser, de par le fait de sa célébrité, n’avait jamais réellement ressenti cela. Non pas que les autres n’embrassaient pas bien. Seulement ce soir, il ne se sentait pas comme dans un film. Il se sentait normal, comme ces jeunes à la fin d’une longue journée de travail, retrouvant leur petite copine. Enfin, en plus sérieux… Il ne se sentait pas jugé contrairement à d’habitude : aucune personne n’était là pour l’épier.

Enfin, c’est ce qu’il croyait.

 

 

Les chapitres précédents sont disponibles ici.

Bonne journée,

delph

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