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Une petite histoire

#Une petite histoire – Chapitre 3

 

Ralph la guettait littéralement dans tout l’hôtel. Il était devant les portes de l’ascenseur depuis sept heures du matin, et la fatigue commençait à se faire ressentir. Il était à présent vingt-trois heures. Elle n’était nulle part. Aucune Eléonore n’était enregistrée à l’hôtel. Il avait presque soudoyé l’hôtesse pendant une semaine pour avoir ce renseignement. Il désespérait littéralement de la revoir. Le souvenir d’elle était ancré dans sa mémoire désormais comme le bonheur perdu.

histoireIl appuya sur le bouton avec résignation pour regagner sa chambre.

– Espérons que nous ne nous retrouvions pas coincé pendant une heure dedans cette fois-ci, résonna soudain une voix derrière lui.

Délirait-il ou avait-il réellement entendu sa voix dans son dos ? Après tout il était tellement fatigué que plus rien n’était impossible.

Elle se trouvait juste derrière lui. Elle le regarda en souriant.

– Ralph, vous n’avez pas l’air d’aller mieux, ajouta-t-elle sous un air de reproche.

– On devait se revoir, s’emporta-t-il soudain, mais ni de où, ni de quand, ni de comment ! Vous, les Français, donnez dans le mystère à ce que je vois !

Devant sa colère, Eléonore semblait incrédule. Lorsque l’ascenseur arriva, elle entra dedans sans un mot, suivit de Ralph qui la voyait réfléchir.

– Qui êtes-vous Eléonore ? Pourquoi personne ici ne semble vous connaître ?

– Non mais franchement Ralph, vous ne pouvez pas penser que j’habite ici. C’est délirant ! Mes parents sont de simples artisans ! Et je suis étudiante… Redescendez sur terre, je n’aurais jamais les moyens de me payer ne serait-ce qu’une nuit ici. Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais vous êtes dans l’hôtel le plus cher de Versailles. Mon appartement doit faire la taille de cet ascenseur et j’exagère à peine !

– Mais pourquoi ne m’avoir rien dit ?

– Vous ne m’avez rien demandé. Je pensais que ça sautait aux yeux ! Je n’ai pas ma place ici, c’est évident. Non mais regardez mes vêtements ! Je vous aurais dit la vérité si vous aviez voulu la connaître, ajouta-t-elle devant la méfiance de Ralph. Je n’ai pas honte de ma vie. L’argent ne fait pas le bonheur.

– Pourquoi êtes-vous ici alors Eléonore ? Il n’y a que des riches, lança-t-il avec mépris.

Il venait de la blesser, et sa colère s’atténua quelque peu lorsqu’elle lui répondit avec une franchise déconcertante.

– Mon grand frère est ici depuis une semaine. Je viens lui rendre visite car mes parents refusent de le faire. Il doit être peut-être un peu plus vieux que vous. Mes parents s’attendaient à ce qu’il reprenne l’atelier, je crois que dans votre monde on dit « reprendre l’affaire familiale », ou quelque chose comme ça non ? Bref, quand il a annoncé à mes parents qu’il désirait faire de la psychologie mon père lui a demandé de choisir entre sa passion et lui. Je vous laisse imaginer la suite.

– Votre frère est psy ?

– Oui. Et il est même assez connu. Il espère que devant sa réussite mes parents l’accepteront.

– Au ton de votre voix, on sent que rien n’est gagné d’avance.

Eléonore le scruta, puis se mit à rire franchement.

– Nous discutons comme de vieilles personnes. N’oublions pas que dans l’histoire, je suis la fille sans problème, et non l’inverse. Allez, venez, on va s’amuser un peu, dit-elle en appuyant sur le neuvième étage.

– Où allons-nous ?

– Je vais vous présenter mon frère. Il ne mange personne, ajouta Eléonore devant l’incertitude de Ralph.

Il la suivit avec une certaine réticence.

Ils arrivèrent devant la porte 909 en silence, puis Charlotte toqua non sans lui avoir jeté auparavant un regard amusé.histoire

La porte s’ouvrit sur un homme. Ralph n’avait jamais douté de sa propre beauté auparavant, mais là, cet homme lui faisait totalement concurrence. Il ressentit un pincement quand Charlotte l’embrassa avant de se tourner avec complicité devant lui.

– Maxence, voici Ralph. Tu sais, je t’ai parlé de lui.

Puis, se tournant vers Ralph, elle ajouta :

– Et Ralph, voici mon frère. Bon, dit-elle une fois les présentations terminées, on rentre ?

Ralph eut un peu honte de sa chemise froissée, qu’il portait depuis une semaine. Il devait admettre qu’à la vue de la chemise impeccable de Maxence, il se sentait un peu mal à l’aise.histoire

-Tu fais des rencontres de plus en plus tardives, s’adressa Maxence à Charlotte. À moins que l’ascenseur ne se soit bloqué une nouvelle fois pendant deux heures, ajouta-t-il avec un zèle d’humour.

– Ne te moque pas des problèmes mécaniques Max, et puis nous ne sommes restés bloqués qu’une demi-heure…

– Il peut se passer beaucoup de choses en une demi-heure, rigola ce dernier.

Ralph observait la scène en silence, témoin d’une complicité qui lui était étrangère.

– Tu as des sœurs Ralph ? demanda Maxence.

– Aucune. On peut rajouter le syndrome de l’enfant unique à la liste de mes problèmes.

– Et tes parents sont acteurs ?

– Presque ! Mon père est réalisateur et ma mère était mannequin.

– Tu me semble plutôt normal, souligna Maxence.

– Ma mère a fait une tentative de suicide après ma naissance car elle n’arrivait pas à repasser sous la barre des 45 kilos. Alors si c’est ce qu’on appelle normal…

Charlotte le regardait à présent avec instance. Tellement que cela commençait à devenir gênant.

– Vous ne vous ressemblez pas vraiment, dit Ralph en cherchant désespéramment à échapper à ce regard, comparant les cheveux blonds de Eléonore à ceux bruns de son frère.

– J’ai été adopté, répondit Maxence.

– Ah, désolé, je ne voulais pas être indiscret.

Eléonore répondit au quart de tour.

– Pourquoi être désolé ? Il est mon frère, et je ne l’aimerais pas plus si on avait le même sang. Tu sais la famille c’est plus fort que les liens du sang. Mais on a assez parlé de famille, on s’ennuie, s’écria-t-elle. Tu nous offre à boire ? demanda t’elle en se tournant vers son frère.

Alors que ce dernier s’empressa d’aller chercher à boire, Eléonore brancha la WII reliée à un impressionnant écran TV.

– On va comparer nos talents sportifs !

– Elle a du souci à se faire, ajouta par derrière elle son frère.

Ralph ne puis s’empêcher de rire devant ces taquineries. Ce soir, il avait l’impression de découvrir un monde parallèle, et cela était bon. Il passa donc le reste de la soirée à se ridiculiser devant ses incompétences sportives. Eléonore tenait bon, mais son air concentré lui faisait défaut devant Maxence qui les surpassait avec facilité. Cependant, quand vient le temps de la danse, Eléonore reprit aisément le dessus et Ralph admirait discrètement son agilité. Il ne put détacher son regard d’elle lorsque trop fatigués, les hommes déclarèrent forfait et qu’elle s’offrait un petit solo. Elle était mince, ses cheveux, légèrement relevés, tombaient en cascade sur ses épaules. Elle portait un short qui laissait apparaître de longues jambes bronzées. Il nota cependant quelques bleus visibles et fut étonné qu’elle ne tente pas de les cacher, alors que c’était de coutume à Hollywood. Mais cela lui donnait un air aventurier qui lui plaisait.

Au moment où elle se retournait pour se reposer de son exploit, elle surprit son regard, puis le soutint lorsque celui-ci rencontra ses yeux chocolat. Elle lui offrit un sourire taquin, laissant apparaître des fossettes.

– Tu dors ici Charlotte ? demanda Maxence qui commençait à se sentir de trop.

– Oui, il est trop tard pour que je rentre de toute façon.

– On dort ensemble alors, ajouta-t-il avec un sourire en coin à Ralph qui ne put s’empêcher de retenir une bouffée de jalousie, presque contre lui.

– C’est ça, répliqua Charlotte qui avait compris son jeu. Je te rejoins.

Maxence s’en alla pour leur laisser un peu d’intimité.

– Je vais y aller, dit Ralph en se levant brusquement.

Il commençait à se diriger vers la porte lorsqu’il se retourna à moitié.

– On se revoit bientôt ?

– Oui. Vous avez mon numéro, donc vous pouvez dormir sur vos deux oreilles désormais!

Mais Ralph la regardait avec suspicion. Elle s’approcha de lui doucement, et comme elle ne s’arrêtait pas, Ralph sentit sa gorge se sécher. Son visage s’approcha dangereusement du sien.

– On se revoit bientôt Ralph, lui souffla-t-elle dans l’oreille.

histoireElle l’embrassa sur la joue. Puis elle recula rapidement et ouvrit la porte. Ralph se surprit à rigoler. Il n’était pas habitué à tous ces signes de résistance.

– On est plutôt sages en France, ajouta-t-elle avec espièglerie.

– Au contraire, je trouve ça plutôt vicieux, répondit Ralph en sortant dans le couloir.

Eléonore rigola. Il attendit qu’elle ait refermé la porte, pour penser «et  j’aime ça ». Au-delà de la trouver attirante, il aimait tout ce qu’elle représentait : la joie, la bonne humeur, l’esprit de famille, la franchise. Tout cela était tellement nouveau pour lui. Il était habitué aux coups bas, à l’indépendance, il s’était forgé une carapace autour de sa vulnérabilité de manière à ce qu’elle soit invisible même à ses proches. Mais elle, en l’espace de deux rencontres seulement avait réussi à le faire parler plus que sa propre famille en vingt-huit ans. Lorsqu’il s’endormit ce soir-là, il était comme habité d’un étrange sentiment : il se sentait un homme normal.

 

Pour celles et ceux qui auraient manqué le début de l’histoire, vous pouvez trouver le chapitre 2 ici.

xoxo

delph

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