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Une petite histoire

Une petite histoire – Chapitre 2

 

Rien n’avait changé. Lui qui avait espéré un changement radical devait bien admettre que rien ne se hissait à la hauteur de ses attentes.

histoire5Alors qu’il avait passé presqu’une semaine à ruminer seul dans le noir, il succombait presque à une fièvre délirante quand il décida qu’il était temps d’aller prendre l’air. Rien de mieux pour revigorer une personne. Il avait décidé qu’une promenade dans le parc du château lui ferait le plus grand bien. Pour cela, il avait revêtu casquette et lunettes, autrement dit pour lui « tenue de camouflage ». Bien que la ville fût excentrée de Paris, il ne désirait pas rencontrer une masse de paparazzis pendant sa promenade.

Il marcha pendant près de deux heures si bien que le grand canal n’avait plus de secrets pour lui. Il avait même eu le temps de remarquer une cachette formidable près du grand Trianon, malheureusement bien occupée par un couple, qui apparemment ne souhaitait pas être dérangé.

Alors qu’il approchait son hôtel, il les vit. Ils étaient bien planqués. Mieux qu’à Hollywood où la ville n’offrait pas plus de cachette qu’une cellule capitonnée. Il devait bien admettre que ceux-là avaient de l’imagination. Ses nombreuses années d’apprentissage lui indiquèrent un chemin exempt de présence humaine. Une petite fenêtre à trois mètres environ du sol lui permettrait de rentrer en toute discrétion à l’hôtel. Il commença à tendre les bras vers les rainures du mur. Merde, il portait son nouveau manteau qui lui avait coûté un bras. De toute façon il ne l’aimait pas et comme c’était elle qui l’avait choisi, c’est presqu’avec satisfaction qu’il se hissa. Cependant rien ne se déroula exactement comme dans ses plans. Enfin, il réussit tout de même son but final, à savoir de rentrer à l’hôtel. Cependant, dès sa première tentative, sa semaine d’immobilité se fit ressentir et il ne put s’empêcher un juron lorsque son pied dérapa entrainant avec lui la masse qu’était son corps, ce qui ne manqua pas d’attirer les paparazzi. À défaut d’être aidé par une âme charitable, il fut accueilli par une nuée de flashs aveuglants. Voilà que non seulement son visage apparaîtrait demain dans toute la presse – et pas sous son meilleur jour – mais en plus il venait désormais de faire une croix sur sa discrétion. Aussi se promit-il de se remettre au sport, promesse qu’il aurait du mal à tenir une fois sa célébrité abandonnée de nouveau revêtue, et rentra avec précipitation par l’entrée principale de l’hôtel en ruminant contre lui.histoire4

Il ne la vit pas immédiatement. Ce ne fut qu’une fois dans l’ascenseur qu’il la remarqua. Elle était belle, il devait l’admettre. Mais pas de cette beauté qui rend le sexe féminin hautain et prétentieux. C’était comme une beauté ignorée, et il se sentait irrémédiablement attiré par cette personne. Elle se tourna vers lui, parue reluquer quelques instants ses vêtements, et pour cause, ils étaient maculés de boue, et avec un sourire lui demanda :

– Quel étage ?

Sa voix sereine le troubla, c’était quelque chose qu’il n’avait pas l’habitude d’entendre, les femmes se jetant sur lui étant d’habitude plus bruyantes.

«  Le septième ciel » pensa-t-il aussitôt. Mais il ne devait plus être romantique. Il devait désormais être un homme, un vrai. L’arrivée soudaine des paparazzi l’obligea à répondre plus rapidement que prévu. Il appuya lui-même sur le premier bouton. Les portes se refermèrent à temps. Il souffla de son extrême justesse.

histoire3

– C’était moins une, lui répondit-il en rigolant devant ses yeux grands ouverts.

– Vous vous fichez de moi ? Au neuvième étage ? Vous ne connaissez rien à la galanterie vous ! En même temps vu votre accent, j’en déduis que vous êtes Américain, ce qui explique tout, dit-elle en souriant comme si elle venait de se faire une bonne blague. Elle appuya sur le troisième étage, qu’ils venaient malheureusement de dépasser.

Ce qu’elle n’avait pas prévu, fut l’arrêt soudain de l’ascenseur.

« Comment voulez-vous que je ne sois pas romantique alors que tout se passe exactement comme dans un film », pensa-t-il.

– Bravo, lui répondit-il. Vous allez devoir supporter l’Américain encore plus longtemps désormais.

– Ce n’est pas de ma faute. Si vous m’aviez demandé mon étage au lieu de vous la jouer perso, nous n’en serions pas là !

– Vous avez de la voix finalement. J’aurai juré en vous voyant entrer dans l’ascenseur que vous étiez le genre de fille plutôt… sereine.

– Je ne suis pas pour coller des étiquettes dès la première rencontre vous savez… En on a pour longtemps vous pensez ?

Il remarqua que sa voix était légèrement crispée.

– Vu combien on les paie, il n’y a pas intérêt… L’alarme a déjà été lancée.

Effectivement on commençait à entendre à l’extérieur des personnes s’agiter.

– Comment vous appelez-vous ?

Il espérait que sa voix ne l’avait pas trahi. Tout était dans le contrôle des tonalités, il en avait l’habitude.

– Je m’appelle Eléonore.

Puis elle ajouta :

– Je ne viens jamais ici normalement vous savez ? J’habite près de la mer, mais je suis actuellement ici à cause de mes études. J’étudie la communication mais je n’aime pas trop ça. Et vous ? ajouta-t-elle après avoir repris son souffle.

Stupéfait. C’était le mot. Il n’avait jamais entendu personne s’adresser à lui aussi directement. Elle avait sorti son monologue si naturellement qu’en tant que comédien cette spontanéité l’avait décontenancé. Il ne s’agissait plus ici de réciter une tirade répétée maintes et maintes fois devant un miroir. Aussi se laissa-t-il prendre au jeu.

– Ralph, se présenta-t-il. J’ai 28 ans, je viens d’Angleterre, mais je me partage entre mon pays et les Etats-Unis. À vous écouter j’ai dû adopter leur accent, souligna-t-il. J’étais jusque peu avec quelqu’un, qui m’a trompé pour un autre. J’ai l’appris au milieu d’un tournage : « Katie trompe Ralph », gros titre sur des milliers de magazines. Au final je suis venu me réfugier ici, mais ils m’ont rappelé cette après-midi que je n’ai pas le droit à une semaine de repos.

– Eh bien Ralph, moi qui croyais avoir la vie dure, je dois bien reconnaître que vous me battez sur ce point-là.

– Et encore je pense encore avoir quelques autres malheurs sous le coude si vous en réclamez davantage…

Charlotte ne put s’empêcher de rigoler.

– Qu’est-ce que vous aimez dans la vie, si ce n’est pas la communication ? la questionna-t-il.

– Pourquoi voulez-vous le savoir ? Vous n’êtes pas obligé de faire semblant de vous intéresser à moi sous prétexte que nous sommes coincés ici…

– Je ne fais pas semblant… ça m’intéresse vraiment.

– J’aime écrire. Et j’aime les mots. C’est extraordinaire tout ce qu’on peut faire avec quelques phrases bien tournées. Le monde appartient aux écrivains. D’ailleurs, ce sont eux qui écrivent le monde…

A présent, il ne pouvait plus contrôler cette fascination qu’il éprouvait envers Eléonore. Quelque chose de naturel l’attirait, quelque chose qu’il ne connaissait pas mais qui semblait solide et rassurant. De toute façon de nombreuses études prouvent qu’il ne faut pas plus de quelques minutes pour un homme pour craquer pour le sexe opposé. Rien à voir avec le romantisme…

– Vous me regardez bizarrement à présent, dit Charlotte qui commençait à regretter ses paroles. En fait Ralph, vous êtes quoi au juste ? Une star ?

– Aux dernières nouvelles je suis un acteur. Vous savez, il n’y a que ça ici, dit-il en désignant l’hôtel avec ses mains, ou des magnats du pétrole… Bref avec un acteur avec problèmes !

– Vous savez, généralement les filles aiment les hommes à problèmes. Je ne sais pas vraiment pourquoi, pourtant croyez-moi je suis une fille. Alors ce que je vous conseille, c’est de garder cette phrase sur le coude et de la ressortir à la première Cendrillon rencontrée. Je pense que c’est votre meilleure technique de drague.

– Alors vous n’êtes pas une Cendrillon célibataire, désespérée de trouver son prince ?

– Oh non ! Moi je crée les Cendrillon, ajouta-t-elle avec un clin d’œil. Ralph, dit-elle soudain calmement, vous n’avez pas l’air d’aller très bien …

– Eh bien être coincé ici pendant seulement quelques instants m’a fait reconnaître que jamais je n’ai eu de semblable conversation avec quiconque depuis trente ans.

histoire2Il s’assit contre une paroi de l’ascenseur. Il n’avait désormais plus qu’à attendre que celui-ci redémarre. Il observa Eléonore. En rien elle ne lui ressemblait. Il appréciait chez elle son naturel, et elle avait un charme auquel il ne pouvait résister. Il ne pouvait pas la comparer à elle, qui était belle. Mais une beauté froide. Eléonore, avec ses cheveux mi- longs blonds qui tombait sur ses épaules, et ses grands yeux chocolat, dégageait une certaine chaleur. Elle semblait mal à l’aise par le silence. Tout d’un coup elle s’assit à côté de lui. Son bras touchait le sien.

 

– Je n’aime pas tourner autour du pot. Alors je vais être franche avec vous. Cette fille ne vous mérite pas. C’est vrai, à vu d’œil vous êtes un type bien. Vous êtes le héros que chaque auteur souhaite avoir dans son roman, et croyez-moi, c’est un compliment. Alors relevez la tête, et recommencez votre vie.

Ils restèrent ainsi pendant quelques instants, puis l’ascenseur redémarra.

– Ah enfin, s’écria Eléonore en se levant d’un bon.

L’ascenseur s’arrêta au neuvième étage comme convenu. Eléonore descendit.

– Attendez, s’écria Ralph en lui attrapant le bras, vous ne deviez pas vous arrêter au troisième ?histoire

– Pas plus que vous ne comptiez vous arrêter au neuvième. J’ai bien vu que vous avez appuyé sur ce bouton par hasard. Hasard qui se révèle être mon étage finalement ! Mais je n’ai pas résisté à la tentation de me moquer de vous. Allez à bientôt.

– Nous allons donc nous revoir ?

– J’en suis certaine. Quelque chose me dit que je n’en ai pas fini avec vous Ralph, ajouta-t-elle en dégageant doucement son bras.

Avant que les portes ne se referment, elle lui adressa un sourire en coin et le salua d’une main. Et s’en fut tout pour notre jeune désespéré qui venait de voir se fermer devant lui un bref aperçu du monde « normal ».

 

Retrouvez le chapitre 1 ici,

On se retrouve bientôt pour la suite des aventures,

xoxo,

delph

 

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